Un employé IA fait gagner du temps, c'est acquis. La vraie question d'un architecte est ailleurs : qu'a-t-il le droit de lui confier, et qu'est-ce qui doit rester dans ses mains ? Le Conseil national de l'Ordre des architectes a répondu dans son rapport de mai 2026, « L'IA et les architectes : concilier opportunités et déontologie ».
Voici ce qu'il en retient, traduit en règles simples pour une petite agence.
Le principe : l'IA aide, l'architecte reste responsable
Le rapport est net. Les tâches répétitives peuvent désormais être faites par la machine, pour laisser l'architecte se concentrer sur l'arbitrage des contraintes, la synthèse des solutions et le suivi de l'exécution. Mais une phrase résume le reste : l'utilisation de l'IA n'emporte pas transfert de responsabilité. Tu réponds de ce que produit ton employé IA, comme tu réponds de ce que produit un collaborateur ou un logiciel.
Le rapport distingue aussi deux terrains :
- la gestion administrative de l'agence, qui ne soulève pas de question déontologique ;
- la génération d'esquisses, de plans et de livrables dus au titre de ta mission, qui en soulève plusieurs.
Ce qu'un employé IA peut faire
Le rapport ne voit aucune difficulté déontologique dans l'administratif. Pour le reste, il demande de contrôler ce qui est produit.
- Rédiger : courriers, comptes rendus, notices, réponses à des appels d'offres.
- Relancer : devis qui dorment, prospects, clients.
- Veiller : appels d'offres, concurrents, actualité du secteur.
- Préparer des images à partir de ta maquette, pour explorer des ambiances.
- Analyser des offres d'entreprises, à une condition (voir plus bas).
Ce sont aussi les usages les plus courants : d'après le baromètre du Crédoc, 79 % des agences qui utilisent l'IA s'en servent pour rédiger des textes, 37 % pour créer des images et 36 % pour l'administratif. Nous détaillons ces chiffres dans l'IA dans les agences d'architecture.
Ce qu'il ne doit pas faire
Concevoir à ta place
L'Ordre rappelle que le Code de déontologie interdit de sous-traiter la conception architecturale. Concrètement, tu ne peux pas déléguer à une IA, même en partie, les choix structurants du projet. L'IA ne peut intervenir qu'en appui, sans se substituer à toi dans l'exercice personnel de la mission.
Signer ce que tu n'as pas conçu
La « signature de complaisance » est interdite, et le rapport conclut que l'IA ne change rien à cela. Sont visés les images et les plans produits par une IA qui pourraient contenir des éléments créés par un autre architecte : il faut les contrôler avant de les diffuser. Pour te protéger contre une accusation de plagiat, l'Ordre recommande d'archiver les instructions données à l'IA pour produire l'image ou le plan.
Analyser des offres sans double contrôle
Une IA peut comparer des offres d'entreprises et repérer des anomalies. Mais l'Ordre demande de faire en parallèle une analyse classique, pour déceler les écarts entre les deux méthodes. Elle te protège d'une erreur de l'IA et t'évite de la laisser décider seule des conclusions.
Lui confier un projet sensible
Le secret professionnel s'applique aux projets de tes clients. Le rapport cite l'exemple d'un équipement sensible, comme une prison ou un dispositif industriel : l'analyser avec une IA ouverte, qui puise ses données sur le cloud, peut faire courir le risque que les données du projet soient captées. Avant de lui envoyer un dossier, vérifie ce que ton contrat et la clause de confidentialité autorisent.
Fabriquer des références
L'IA permet de se constituer en quelques minutes un book avec des projets jamais réalisés. L'Ordre met en garde : présenter à des clients des compétences et des références qu'on n'a pas contrevient au Code de déontologie, qui interdit la concurrence déloyale.
Ce que tu dois dire à ton client
C'est le point qui change le plus de choses. L'obligation de transparence demande d'informer le maître d'ouvrage quand tu utilises l'IA pour générer des éléments de conception ou interagir avec lui. Vérifie aussi que ton contrat de maîtrise d'œuvre ne l'interdit pas.
Autre point à connaître : en l'état du droit, une création entièrement générée par une IA ne bénéficie pas de la protection du droit d'auteur, et le statut d'une création retravaillée par un humain reste incertain. Garde donc la trace de ce que tu as apporté.
Les dix règles de l'Ordre, en bref
- Savoir quel concepteur a participé au projet, et ne pas diffuser sans contrôle des images ou plans faits avec une IA.
- Vérifier que le contrat de maîtrise d'œuvre autorise l'IA et respecte la loi européenne.
- Contrôler la véracité et la pertinence des informations transmises au client.
- Ne pas faire confiance à l'IA pour des tâches ou des domaines qu'on ne maîtrise pas.
- Garder la maîtrise des choix architecturaux.
- Respecter le secret professionnel des projets de ses clients.
- Respecter les règles de la concurrence.
- Archiver les instructions données à l'IA, pour se défendre en cas de plagiat.
- Doubler l'analyse des offres d'une analyse classique.
- Donner à tous les salariés et collaborateurs un cadre d'utilisation de l'IA.
Comment poser le cadre dans ton agence
- Écris une page : qui peut utiliser l'IA, pour quoi, avec quels outils. Le rapport recommande que chaque collaborateur sache au minimum si son usage est autorisé.
- Classe les tâches en trois colonnes : celles que l'IA fait seule, celles qu'elle prépare et que tu valides, celles qui restent à toi. La dernière colonne contient la conception et la signature.
- Garde une trace : les images sources, les consignes, les versions envoyées au client.
C'est la logique des employés de ton équipe chez SKELVIA. Sur sa fiche, Hugo, par exemple, distingue trois niveaux : il avance seul sur les variantes d'un rendu que tu as déjà validé, il te demande ton accord avant qu'un rendu parte chez ton client, et il te laisse la main dès qu'une demande change le projet. Le rendu qui part chez ton client passe toujours par toi.
Questions fréquentes
Un architecte a-t-il le droit d'utiliser l'IA ?
Oui. L'Ordre des architectes considère l'IA comme un outil de plus. Il demande de l'utiliser avec prudence et dans le respect du Code de déontologie : transparence envers le client, responsabilité, secret professionnel, propriété intellectuelle.
Faut-il prévenir ses clients quand on utilise l'IA ?
Selon le rapport de l'Ordre, oui : l'obligation de transparence demande d'informer le maître d'ouvrage de l'utilisation de l'outil, et de vérifier que le contrat ne l'interdit pas.
Peut-on signer un projet réalisé avec une IA ?
Tu signes ce que tu as conçu et contrôlé. La signature de complaisance reste interdite, et la responsabilité reste la tienne. L'Ordre recommande d'archiver les instructions données à l'IA, pour pouvoir justifier ce que tu as apporté.
L'IA peut-elle remplacer un collaborateur d'agence ?
Elle peut prendre les tâches répétitives, pas la conception. L'Ordre est clair : l'architecte ne peut déléguer à une IA, même partiellement, les choix structurants du projet.
